(…)
Et voilà que je te cherche dans les yeux de tous ces gens qui passent devant moi en regardant leurs pieds ou leur smartphone, la peur au ventre qu’un jour quelqu’un les relève et que le regard que je croiserais alors soit le tien et que je lise dans ce regard que tu es passée en mode tri sélectif et que tu ne sais plus très bien qui je suis ni ce qu’on a vécu ensemble.
Voilà que j’observe les couples installés dans les vitrines des cafés où je sais que tu as l’habitude de venir te poser pour bosser entre deux rendez-vous. Que je plisse les paupières pour ne les voir qu’à moitié parce que je m’attends chaque demi-seconde à reconnaître ta silhouette que je connais par coeur, tes cheveux ramenés en cette longue tresse dont j’ai aimé jusqu’à l’adoration parcourir les croisillons, ton air concentré, un demi-sourire aux lèvres, ton blouson et ton sac à dos posés sur une chaise en face de quelqu’un qui n’est pas moi.
Voilà que je t’espère à tous les coins de toutes les rues. Bon sang qu’elle est petite, cette ville. Elle est minuscule. Elle me ramène toujours aux mêmes endroits, sur mes pas. Parfois, je flâne. J’ai l’impression d’avoir tellement flâné à ta recherche. Dans tellement de lieux différents. A Bruxelles, à Paris, à Lisbonne, à Grenade, à Florence, à Venise, à Barcelone, à Etretat, Athènes, Mykonos, Santorin et puis St-Indesbald et New York aussi. Partout, je fais la même chose. Je marche droit, l’air de rien. Je capte l’ambiance et je regarde loin pour donner le change, comme un promeneur ou un touriste. Je suis vu mais sans jamais te voir. Tu es dans ma tête et je nous projette dans chaque décor que j’arpente.
Je m’arrête dans ce bar où nous avons une fois failli rentrer ensemble. Je me pose et rouvre ce bouquin très dur et très sombre que tu m’as recommandé il y’a déjà fort longtemps. Je viendrai à bout de tous tes conseils, de toutes tes recommandations. Je me le suis promis. En tournant les pages, je m’enivre un peu pour ne pas trop penser à ce qu’il évoque, celui-là. Je n’ose chercher un message caché entre les pages. Je chipote trop aux branches de mes lunettes et, dans la conversation que j’engage avec la serveuse qui vient me conseiller un cocktail de saison à base de Gin précieux, je souris trop pour être honnête. Je fais dos à la porte. Je l’ai fait exprès. De temps en temps, la porte s’ouvre et le carillon tinte. Je me force à ne jamais me retourner, à ne jamais la regarder, par crainte que mon coeur ne manque un battement quand un jour tu la pousseras accompagnée d’un autre, bras dessus bras dessous, tous deux à la recherche d’une alcôve où vous dissimuler une heure ou deux le temps d’une conversation d’amants et de quelques évocations polissonnes ponctuées de regards complices et de mains qui s’entrelacent.
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